
Une aire à protéger dans les monts Chic-Chocs de la Réserve faunique de Matane
Plusieurs raisons militent pour la conservation de ce territoire :
Premièrement, nous avons des inquiétudes quant au maintien de l'intégrité des écosystèmes et de la biodiversité de ces montagnes. Un des défis particuliers qui se posent pour la conservation de la diversité biologique des écosystèmes de montagne vient du fait que sous la pression des marchés et grâce aux progrès de la technologie, la coupe de bois se pratique à des altitudes de plus en plus élevées, ( Ministère des ressources naturelles, Canada. Écosystèmes forestiers de montagne : une diversité biologique à conserver.)
En effet, dans les dernières années nous avons assisté à une exploitation forestière croissante en altitude dans les montagnes de la Réserve faunique de Matane. Faute de disponibilité de bois en basse terre, le prochain plan quinquennal du Ministère de ressources naturelles prévoit davantage de coupes en altitude et en pente forte sur ce territoire.
Nous avons des inquiétudes vis-à-vis les possibilités de régénération naturelle en altitude sous le climat qui y règne. De plus, nous croyons que la reforestation qui suit les coupes forestières entraîne des perturbations importantes de ces écosystèmes. Nous croyons que ce type d'exploitation forestière entraînera une perte au niveau de la biodiversité puisqu'elle cause la fragmentation et la dégradation des écosystèmes ainsi que la perte de milieux convenant à des espèces en péril ou en déclin. Tous les systèmes d'indicateurs scientifiques pour la gestion durable des forêts développées jusqu'à aujourd'hui retiennent le maintien de la biodiversité comme un critère important de la gestion forestière durable (Angelstam et al. 2004. Targets for boreal forest biodiversity conservation - a rationale for macroecological research and adaptive management. Ecological Bulletins 51: 487-509.).
"Chaque espèce qui s'éteint est une perte irréparable, un désastre navrant." (Hubert Reeves)
Deuxièmement, tout le territoire du massif des Chic-Chocs situé dans la Réserve faunique de Matane présente un excellent potentiel écotouristique et ce, pendant les quatre saisons. Des micro-industries offrent d'ores et déjà des activités de randonnée et de ski de montagne. Le territoire ciblé de l'aire protégée compte déjà de grandes infrastructures pour le récréotourisme, tels l'Auberge de montagne de la Sépaq et le Sentier international des Appalaches qui traverse complètement l'aire ciblée dans l'axe est-ouest. Le territoire comporte également plusieurs installations d'hébergement et de villégiature de même qu'un centre d'interprétation de l'orignal associé à divers sites aménagés d'observation (miradors) de l'orignal dans son habitat.
De nombreuses études produites au cours des dernières années démontrent une croissance soutenue de ce secteur à l'échelle mondiale. En Gaspésie, le potentiel pour ce type de tourisme est exceptionnel à cause de la grande qualité des paysages et de la grande variété des écosystèmes. Cette région a fait du récréotourisme un de ses trois secteurs prioritaires de développement. L'appellation Chic-Chocs est de plus en plus reconnue à l'international. Le projet de mise en valeur des Chic-Chocs de la Sépaq a comme objectif de faire de ce territoire la destination montagne dans l'est de l'Amérique du Nord. Par ce projet d'aire protégée nous accentuerions la crédibilité et la renommée de cette jeune mais prometteuse destination montagne.
L'Auberge de montagne des Chic-Chocs engage actuellement plus d'une vingtaine de personnes en région, sans compter la phase 2 du projet (une autre auberge) qui en créerait tout autant. De plus, le Centre d'interprétation de l'orignal et les activités guidées d'observation et de chasse à l'orignal a permis à la Réserve faunique de Matane d'ajouter 24 nouveaux emplois à leur base pour un total de 42 emplois. Ce sont plus de 60 emplois qui dépendent de la qualité des paysages et des habitats fauniques de ce territoire. Avec une protection des ces richesses, un développement écotouristique encore plus poussé pourra y avoir lieu.
Pour estimer l'impact du projet sur l'industrie forestière locale, le Groupe GIR a calculé la possibilité forestière qui serait affectée par la mise en place de notre projet. Ce calcul démontre que 53,3[pourcent] de la superficie totale de l'aire protégée projetée est soit improductive ou est déjà assujettie à des contraintes à l'exploitation (ex. plans d'eau, bandes riveraines, encadrements visuels, pentes >40[pourcent], terres exploitées dans les 30 dernières années, etc.). Étant donné que l'aire protégée occupe 26[pourcent] de la superficie totale de l'UAF 012-54, ce projet n'affecterait qu'environ 12[pourcent] de la superficie productive de cette même UAF.
Le groupe GIR estime à 15 000 m3/an la possibilité forestière à l'intérieur de l'aire protégée, sur un total de 113 600 m3/an pour toute l'UAF (13[pourcent]). Ceci étant dit, il faut également prendre en compte dans cette évaluation la qualité moindre du bois qu'il est possible de récolter en altitude.
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